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Le Massacre d’Odessa porte en lui les germes de la guerre en Ukraine

Le 2 mai 2014, deux mois après le coup de force de l’euromaïdan, plus de 40 opposants au nouveau gouvernement furent sauvagement assassinés lors d’une opération planifiée en hauts lieux. Il est crucial de comprendre les ferments de la guerre actuelle pour rendre possible un futur apaisement.

Odessa est une ville du sud prospère, ses habitants d’origines variées de cultures ukrainiennes, russes, juives, grecques, moldaves et autres, coexistent paisiblement. Son grand port draine une industrie diversifiée, et une forte activité informatique. Le 2 mai, la contestation démocratique contre le gouvernement maïdan se développe depuis deux mois. Sur le « champ Kulikovo », un lieu de débat permanent est installé, avec des tentes et une grande scène. On y discute âprement les mesures autoritaires de la « junte », antirusses, anti-communistes et exclusivement tournées vers l’Union européenne. Le président élu a été renversé suite à 94 morts par balles à Kiev dans des conditions plus que troubles, et l’ingérence des États-Unis est démontrée par une écoute téléphonique. L’abolition de la loi sur les langues régionales, qui conférait au russe un statut officiel dans les régions comme Odessa, est une attaque frontale qui marque les esprits et les cœurs.

Contrairement aux étrangers biberonnés à l’eau de rose maïdan, l’alliance de la frange ultra-nationaliste, raciste et viscéralement antirusse avec les ultra-libéraux ukrainiens et l’OTAN, ne leur a pas échappé.

Tout cela est pour eux strictement intolérable, et la solution envisageable la plus modérée, majoritaire dans les débats, est la mise en place d’une Ukraine fédéraliste et d’un référendum associé.

Jour d’affluence au champ Kolikovo

Les témoignages et certaines conclusions sont tirées du document essentiel « I saw the death » publié par les rescapés et témoins, en 2015 : Il est téléchargeable sur ce lien.

Mémoires d’Eugène, rescapé du 2 mai 2014.

« Avec deux de mes amis, je me suis rendu au champ Kulikovo en passant par le centre-ville. À 14 heures, nous avons rencontré nos gars de « Kulikovo » près du monument aux « miliciens disparus » dans l’avenue Alexander (anciennement Prospect Mira).

De nombreux jeunes, dont certains étaient membres de « l’escouade Odessa« , des cosaques, des militants du champ Kulikovo et de simples Odessites, parmi lesquels des filles, des femmes et des personnes âgées, étaient présents. Ils étaient différemment accoutrés : certains étaient en tenue de camouflage et portaient des casques – c’étaient les gars de « l’escouade Odessa« ; d’autres étaient en costumes ou vestes de sport avec un bouclier et un bâton en bois, d’autres encore portaient des casques de chantier, ils faisaient partie de l’organisation « Watch » (ces deux groupes « équipés » étaient peu nombreux et étaient souvent présents aux rassemblements et aux marches, leur fonction étant d’assurer l’ordre public) ; certains (un petit nombre) avaient le visage couvert – en cagoule avec un bandana ou un bandage de gaze ; mais beaucoup étaient habillés de manière décontractée, comme on s’habille pour des rassemblements ou des marches pacifiques ; une partie d’entre eux étaient vêtus de shorts et de T-shirts sans aucun équipement de protection. Quant à moi, je n’ai vu aucune arme.

Ils se sont rassemblés là pour aller parallèlement à la marche de « euromaidan » dans une autre rue et vérifier si la prétendue « marche pour l’Ukraine unie » ne se transformerait pas en une marche nazie-fasciste sous les drapeaux rouge et noir de Bandera, avec les slogans nazis-fascistes (« Moskal’s aux couteaux », « Mort aux ennemis », etc [Moskal = désignation hostile des russes]), comme cela se passait toujours pendant leurs marches, quel que soit le nom qu’ils leur donnaient. La ville s’était déjà lassée du fait que les troupes de Bandera puissent librement organiser leurs marches fascistes dans la ville. Cette fois, il a été décidé de ne pas laisser les Bandera-fascistes défiler dans les rues principales d’Odessa. Un autre objectif de nos gars était d’empêcher cette marche d’atteindre le champ Kulikovo.

Il y avait environ 400 ou 500 personnes ».

Notons que les défenseurs de Kolikovo se sont mis en place progressivement depuis février, suite notamment aux incursions de miliciens de Praviy Sektor à Odessa.

Défenseurs du champ Kolikovo (authentiques en majorité…) :

« Nous nous sommes arrêtés pour discuter avec eux. L’atmosphère était calme et paisible, malgré les rumeurs selon lesquelles, la veille, de nombreux « pravoseks » de diverses régions de l’ouest et du centre, les combattants de Kiev des « centaines de Maidan », et les « ultras » de Kharkov et Dnepropetrovsk, auraient été amenés dans la ville. [Les “pravoseks“ désignent les miliciens de Praviy Sektor ].

 Tous sont venus dans la ville sous l’apparence de supporters de football pour le match entre le club local « Chernomorets » et le club « Metallurg » de Kharkov.

Beaucoup d’entre eux avaient été amenés et cantonnés à Odessa bien avant le 2 mai, mais les tueurs à gages de Kiev des « centaines de maidans » étaient également présents aux « points de contrôle » à la sortie et à l’entrée d’Odessa, qui ont été établis par les « maidans » à la mi-avril, soi-disant pour protéger la ville (pour protéger Odessa des citoyens d’Odessa ? Comment faut-il comprendre cela ? Qui menaçait la ville ?) ».

Les cellules Praviy Sektor sont diverses, liées entre elles par la dominante idéologique nazie-fasciste, certaines plus “professionnelles“ (en tant que gardes du corps ou exécuteurs des basses œuvres de certains oligarques), et leurs actions sont coordonnées depuis la « révolution maïdan ». Cette scène d’avril 2014 donne une idée de leur apparence (le drapeau rouge-noir horizontal représente l’ultranationalisme ukrainien, conceptualisé sous le terme « nationalisme intégral » par l’idéologue Dmytro Donsov début XXème siècle) :

Éléments de Praviy Sektor venus en découdre à Odessa le 2 mai 2014 :

Avec le camion de pompiers subtilisé dans une caserne

Les affrontements entre les forces de l’ordre mêlées d’agents non identifiés, et des milliers de fans “ultras“ pro-maïdan mêlés aux miliciens de Praviy Sektor s’intensifient dans la ville.

Mémoires de Tatiana, street-medic du champ Kolikovo :

« …C’est là que j’ai vu la première personne tuée. Nous nous déplacions pressés de tous côtés par ces brutes. Après la rue Zhukova, ils ont commencé à nous presser depuis « Afina » des deux côtés au niveau du Théâtre Russe.

La police se tenait derrière nous. Contrairement aux soldats des services de l’Intérieur, ils n’avaient ni matraques, ni gilets pare-balles, ni casques. Ils se tenaient simplement dans notre dos. Face à nous. Dans notre dos, il y avait la place Sobornaya et des dizaines et des centaines d’ »ukrophiles ».

Il y avait de plus en plus d’explosions… Beaucoup de blessés par balles. Au début, les soldats qui nous protégeaient arrivaient avec des blessures par balle. Les hommes criaient « Les filles, dépêchez-vous ! Donnez-lui les premiers soins, ils ont tiré sur cet homme ! » Nous avons déchiré l’uniforme sur eux afin que nos médecins (o-o… seulement trois pour tout ce cauchemar) puissent les examiner et en quelque sorte les aider. »

La propagande s’empressera de mettre la faute sur les « pro-russes ». On voit surtout des odessites qui aident indifféremment les blessés, d’où qu’ils soient, y compris des policiers d’Odessa très mal équipés qui font ce qu’ils peuvent face au déluge venu d’ailleurs.

Plus tard : « Qu’est-ce que j’ai vu ? Devant, il y a nos gars, qui battent en retraite. Beaucoup de blessés. Et ils sont peu nombreux par rapport au nombre de « ukrs ». Les « Pravosecs », les « ukrophiles » s’avancent sur eux comme une vague, un mur de folie […]. Quelque part près de Spiridonovskaya, l’idée d’aller défendre Kulikovo a soudainement surgi.

Ils construisaient des barricades sur les marches de cette maudite Maison des syndicats.

Quelqu’un (en cagoule, tenue de camouflage, derrière la première bande de gars) a crié dans le haut-parleur, que nous devions tous nous cacher à l’intérieur du bâtiment. »

Environ deux cent personnes se retrouvent piégés dans la Maison des syndicats, qui sera incendiée par des salves de cocktails Molotovs.

Corollaire de la version officielle : les « séparatistes » assiégés par une foule en surnombre leur tirent dessus pour s’assurer qu’ils soient vraiment enragés, et se replient au dernier moment pour défendre leurs camarades de Kulikovo. Une version tout ce qu’il y a de plus « crédible ».

Beaucoup d’images insoutenables témoignent de l’horreur du massacre, par exemple cette analyse nécrologique. Elle est importante pour comprendre que les tueurs étaient aussi à l’intérieur du bâtiment pendant l’incendie. Plus regardable, cette courte vidéo montre la situation de l’extérieur.

Voyons maintenant les pièces à conviction.

Préparatifs et stratagèmes

En début de journée, des hommes cagoulés avec brassards rouges sont briefés par un officier de police.

On retrouve une photo de face, publiée par un site d’info aisément classifié d’extrême droite, dans un article du même jour à 20h31, titré : « Des habitants d’Odessa ont brûlé vifs des séparatistes (PHOTOS, VIDEO) ». Le nom de l’url est inqualifiable : http://by24.org/2014/05/02/fried_separatists_in_odessa/ et la photo ci-dessous, de soi-disant séparatistes, est nommée “02_roasted_separatists_new“. C’est d’autant plus immonde que les images montrent les corps brûlés. À ce moment de la soirée, des odessites cherchent encore à sauver leur peau. Autant dire que le site a récupéré ou reçu les PHOTOS, VIDEO des assassins eux-mêmes. Le titre innocente illico les meurtriers venus d’autres régions. Cet article en lui-même témoigne d’un sadisme haineux possiblement anticipé.

On reconnait au moins quatre personnages de la photo précédente (casque jaune, l’individu en treillis et bombers tout à droite…), et plusieurs rubans de St Georges en frontal et en brassard ; tous portent le brassard rouge. Il faut faire de gros efforts pour y reconnaitre l’escouade bigarrée des défenseurs de Kolikovo. L’officier de police n’est pas dans le cadre. Ça ferait tâche.

[Le ruban de St Georges orange et noir est un symbole historique de la Russie, couramment porté par les activistes du champ Kolikovo].

Tout porte à penser que ce sont des hommes de main mobilisés pour semer la violence en se faisant passer pour des « séparatistes » russophones.

Contrairement à la précédente, cette photo n’est pas “volée“, elle semble prise par un initié, indice de plus sur la nature des sources du site extrémiste.

Ci-dessous, un cagoulé avec gilet pare-balles flambant neuf aux couleurs de maïdan, avec brassard rouge et ruban de St Georges à sa gauche. Un presque authentique « anti-maïdan ».

[Le bleu du nouveau drapeau ukrainien est celui de l’UE, l’ancien drapeau était d’un bleu pastel ].

Un tireur met en joue tranquillement les émeutiers, derrière les forces de police (deux d’entre eux se tournent vers lui, ils semblent étonnés ? N’oublions pas que la police agit sous ordres).

Une pièce à conviction démontre qu’au moins un des tireurs, avec fusil, est de mèche avec la hiérarchie policière d’Odessa. Les médias ukrainiens publient la vidéo (vue de haut, à droite ci-dessous), prétendant que c’est un opposant aux euromaïdans qui vise la foule.

Un officier de police rentre dans le même véhicule de la ville d’Odessa, accompagné par un agent en civil que l’on retrouvera à proximité du tireur en action.

L’agent au premier plan avec un coussin à la main, et le tireur bedonnant à 5 mètres :

On retrouve le même tireur derrière une formation de police en tortue. Son débardeur à rayures noires et blanches (sous-vêtement typique de l’armée ukrainienne) dépasse du gilet pare-balles. Les tireurs embusqués sont ENCORE aujourd’hui présentés par les médias ukrainiens comme des « séparatistes », celui-ci compris. (Légende de la photo par le media glavcom : “ Проросійськи активісти стріляють у проукраїнських активістів, перебуваючи за спинами працівників міліції. Повний текст читайте тут“ – Проросійськи = pro-russe).

Trois individus sont filmés sur le balcon de la galerie Athena, tirant alternativement au pistolet et au lance pierre sur des supporters maïdan (à priori), avec une sérénité de professionnels et une attitude ostentatoire, comme s’il fallait qu’ils soient identifiés. Le tireur porte un ruban de Saint Georges sur la poche avant de la veste, et un brassard rouge, communément utilisés par les odessites antimaïdan, en signes de reconnaissance. On ne sait pas si ce sont des balles réelles.

Note : La novlangue officielle qualifie les antimaïdan de « pro-russes » et « séparatistes ». Aucun des termes n’est exact. Ils revendiquent leur culture à dominante russe depuis qu’elle est agressée par les nouvelles lois (d’où le ruban de St Georges). À Odessa, leur position politique majoritaire post-maïdan n’est pas « séparatiste », mais fédéraliste (régions autonomes unies sous fédération) et antifasciste. En un mot, ils défendent leur dignité et leurs droits fondamentaux.

On distingue 3 rubans de St Georges sur ses deux collègues. Il faut que ça se sache !

Les commanditaires

Le député Svetlana Fabricant a remis le rapport de la Commission parlementaire ukrainienne sur les évènements du 2 mai, qui stipulait :

« Le 19 avril 2014 à Odessa, présidée par le Secrétaire du Conseil national de sécurité de l’Ukraine, Parubiy A.V., une réunion de l’état-major opérationnel pour assurer une réponse rapide et coordonnée aux défis et aux dangers pour la sécurité nationale de l’Ukraine avec la participation des dirigeants d’Odessa, de l’administration régionale, de la direction de la sécurité dans la région d’Odessa, de la direction générale du ministère de l’Intérieur de l’Ukraine dans la région d’Odessa, du département principal du service civil des urgences dans la région d’Odessa, de la direction régionale sud du service frontalier de l’État de l’Ukraine, du commandant du commandement opérationnel sud, du commissariat militaire et de la direction générale de la sécurité nationale de l’Ukraine, du service des douanes d’Ukraine, le commandant du commandement opérationnel Sud, le commissaire militaire de la région d’Odessa et d’autres ont eu lieu. »

Cette partie du rapport, remis signé par ses membres, a été effacée sans justification de la version finale. Andreyi Parubiy n’a pas répondu aux députés de la Commission réclamant le détail écrit de ce qui fut décidé ce 19 avril 2014.

Dix jours plus tard, le 29 avril, Andriy Parubiy livrait des dizaines de gilets pare-balles aux « volontaires de maïdan » d’Odessa. L’interlocuteur de Parubiy lors de la rencontre médiatisée est Mykola Volvov, un malfrat notoire.

Fichier de police de l’escroc Mykola Volvov :

Андрей Парубий подарил добровольцам одесской самообороны современные бронежилеты

29 avril à Odessa, Parubiy à gauche, Mykola Volvov à droite :

Derrière Volvov, son collègue (main dans le gilet pare-balle) :

On les retrouve tous deux le 2 mai au centre-ville d’Odessa, sortant d’une ligne de front des forces de l’ordre :

Le procureur général de Kiev déclare le 7 mai sur les évènements du 2 mai : « Cette action n’a pas été préparée à un quelconque niveau interne, il s’agit d’une action bien planifiée et coordonnée à laquelle ont participé des représentants de certaines autorités», et promet de donner des noms, qui ne sortiront pas.

La réunion de coordination suggère fortement que ces « autorités » concernent à minima les plus hauts échelons de la sécurité intérieur nationale, civile et militaire, Andreiy Parubiy en formant le pivot.

Sur le terrain d’Odessa, le coordinateur de l’opération pourrait être Dmitry Fucheji, chef délégué de la police de la ville. Il disparait immédiatement après le massacre. Il s’est réfugié en Transnistrie. C’est un aveu de responsabilité. Reste à savoir s’il s’est enfui, ou a été exfiltré par les services ukrainiens (SBU…).

Le grand chef de la police d’Odessa sera “condamné“ en justice pour « négligences professionnelles ».

La différence entre le chef et le sous-chef, c’est que le deuxième était actif sur le terrain le jour fatidique, photos à l’appui. Ci-dessous, Dmitry Fucheji auprès d’un tireur.

Voltairenet.org a publié les informations sensées venir d’un lanceur d’alerte de l’administration ukrainienne, anonyme, qui aurait donné les noms des commanditaires et le modus operandi. Ce que l’on peut dire, c’est que ces affirmations sont cohérentes avec le contexte, les faits avérés, et les images disponibles.

  1. Les autorités locales auraient agi sous les ordres du ministère de l’intérieur : déployer les tueurs anonymes (agents des services secrets SBU ? Praviy Sektor ?…), les laisser agir, et retarder l’intervention des secours (police, pompiers) pendant l’expédition punitive.

https://www.voltairenet.org/article183660.html , https://www.voltairenet.org/article183721.html

L’informateur des « services de répression » de l’État ukrainien avance la thèse suivante :

« Dix jours avant la tragédie, une réunion secrète s’est tenue à Kiev, sous la conduite du président en exercice, Olexander Turchinov, pour mettre au point une opération spéciale devant se dérouler à Odessa. Étaient présents : Arsen Borysovych Avakov, ministre de l’Intérieur, Valentin Nalivaychenko, chef des Services de sécurité, et Andriy Parubiy, secrétaire du Conseil de la Défense et de la Sécurité nationale. L’oligarque ukrainien Ihor Kolomoïsky, placé à la tête de l’administration régionale de Dniepropetrovsk par les autorités de Kiev, a été consulté pour l’organisation de cette opération.

Au cours de la réunion, Arsen Avakov aurait suggéré d’utiliser les voyous opérant dans les rangs des supporters d’un club de football, désignés comme les « ultras ». Depuis l’époque où il à dirigé l’administration régionale de Kharkov, il a toujours travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants des clubs de supporters, qu’il a continué de subventionner depuis sa nouvelle résidence installée en Italie. [3]

C’est Kolomoïsky qui a fourni le 1er Bataillon du Dniepr de sa garde personnelle, et l’a placé temporairement sous les ordres des responsables de la police d’Odessa. Il a par ailleurs autorisé le paiement en espèces d’une prime de 5 000 dollars pour chaque séparatiste pro-russe assassiné au cours de l’opération.

[Le 1er Bataillon du Dnieprest une unité de police spéciale volontaire créée en avril 2014 au sein du département de l’oblast de Dnipropetrovsk, avec l’aval d’Arsen Avakov. Ce sont les soldats bien équipés mentionnés par la témoin Tatiana, au contraire des policiers d’Odessa qui parfois n’avaient pas même de bouclier, et qui bien sûr étaient moins susceptibles de couvrir des crimes contre d’autres odessites].

Il n’y a pas de preuve de cette réunion secrète.

Nous avons déjà le chef délégué de la police d’Odessa (en exil), et probablement le chef de la police. Le chef des pompiers a admis avoir retardé les secours de 40 minutes.

La répression était déjà engagée dans le Donbass, et la contestation anti-maïdan était croissante à Odessa. La Sécurité intérieure avait donc une attention particulière portée sur Odessa.

Andreyi Parubiy, surnommé le « commandeur de Maïdan », est nécessairement très en lien avec les milices de Praviy Sektor, auteurs des actions violentes à Kiev et acteurs essentiels du renversement gouvernemental. Il est nommé en février 2014 Secrétaire du Conseil de la sécurité nationale et de la défense de l’Ukraine, il supervise donc les forces militaires et civiles de la nation.

Le soir même du massacre, le compte officiel de Praviy Sektor publie une série de messages sur le réseau social VK, dont voici le moins ignoble (c’est dire) :

« Nous avons vaincu à Odessa »… les coordinateurs des factions fascistes Praviy Sektor signent là une forme d’aveu.

Pendant l’incendie de la Maison des syndicats, un individu très ressemblant à Mykola Volvov tire à plusieurs reprises en direction de la façade. De nombreux témoignages de rescapés attestent de tirs sur les fenêtres du bâtiment (entre tenter de respirer et éviter les tirs, il fallait choisir).

Tout concorde, y compris la chemise à rayures et manches courtes.

Nous avons donc un lien direct entre Andrei Parubiy, pivot de la sécurité intérieure du gouvernement maïdan, et un « volontaire d’autodéfense » de maïdan, escroc notoire, qui a visiblement pris part activement au massacre d’Odessa, et pourrait être un des coordinateurs de terrain. Un escroc est pratique pour faire le sale boulot, pour lui c’est l’omerta ou la prison. Une balle de type Flober correspondant à son arme de poing a été retrouvée dans le corps d’une victime.

Le tireur Mykola Volvov est vu téléphonant aux côtés de Vsevolod Goncharevskiy (à droite). Ce dernier était membre du bureau du Conseil de coordination d’Euromaïdan, créé à Odessa au début des évènements maïdan, donc nécessairement en lien avec le « commandeur de maïdan » Andreiy Parubiy. Les rescapés du massacre l’accusent d’avoir « achevé les personnes tombées des étages supérieurs qui fuyaient l’incendie ». Des preuves en image existeraient.

Ci-dessous : Individu ressemblant à Goncharevskiy, bâton en main, cependant que des gens tentent d’échapper aux flammes, et que d’autres sont étendus au sol. Les vidéos sont aux mains de la justice, qui n’a pas effectué d’examen anthropologique médico-légal, se contentant des affirmations de l’accusé : « Ce n’est pas moi ».

D’autre tireurs pris sur le fait sont parfaitement identifiables, ils n’ont jamais été inquiétés. L’enquête a été aussi bien enterrée que celle concernant les snipers de Kiev.

Aucun milicien de Praviy Sektor n’a été reconnu coupable, et pour cause. Ils défont la justice eux-mêmes. Fin novembre 2015, ils rendent visite en bande armée au bureau des trois juges d’Odessa en charge de l’enquête, les contraignant sous menace de signer leur lettre de démission. La vérité n’a jamais intéressé les coupables…

Puisque « la direction générale du ministère de l’Intérieur de l’Ukraine de la région d’Odessa » était représentée à la réunion de coordination du 19 avril, voyons les dispositions du ministre de l’Intérieur Arsen Avokov.

Peu après sa nomination en février 2014, Avakov annonce « qu’à la direction du Ministère de l’intérieur seront placés des membres de l’autodéfense Maidan et du Praviy Sektor ».

Il est donc possible que certains des cagoulés armés en face des juges d’Odessa soient de « la direction du Ministère de l’Intérieur ».

Libéré de prison à la faveur d’une loi ad-hoc, le leader de l’organisation Patriotes d’Ukraine, Andreiy Biletskiy, est nommé le 12 mars 2014 à la tête du “bloc de sécurité du Praviy Sektor“ des régions Est. Il crée également le bataillon militaire Azov, auquel il associe l’insigne des Patriotes (le Z ou crochet de loup) inspiré de la division SS “Das Reich“.

L’idéologie dite social-nationaliste de Biletskiy se veut une variante du national-socialisme hitlérien, avec une meilleure prise en compte de la « qualité biologique de chaque famille individuelle ». Ses “Patriotes ukrainiens“ reprennent également l’iconographie de l’OUN-B, l’organisation de Bandera qui s’est adonnée à l’épuration ethnique des polonais de Wolhynie et Galicie dans les années 1930/40 (bilan de 40 mille à 100 mille juifs et polonais exécutés, selon les historiens).

Le ministre de l’Intérieur ne rechigne pas à s’afficher en public avec lui :

Une telle entente suggère qu’Arsen Avakov ne recule pas devant les méthodes expéditives coutumières de Secteur Droit.

La version du ministère de l’Intérieur, par la voix de Ruslan Sushkov qui dénonce une opération avec le but de « discréditer les autorités », parle d’elle-même : « Les événements du 2 mai ont été organisés sur le pôle de Kulikovo et les personnes clés de son organisation étaient des repris de justice, des attardés mentaux, des lumpens [pauvres déclassés] et des fainéants », et des « étrangers ». Aucun de ces « attardés » ne sera identifié, ni aucun étranger infiltré, malgré la profusion de photos montrant les assassins à l’œuvre. Il ne reste de cette version que le la vérité d’un déshumanisant mépris ouvrant la voie aux exactions inhumaines.

Si l’on ajoute que le premier ministre de l’époque, Arseni Yatseniouk, a nommé aux côtés d’Arsen Avakov quatre ministres du parti Svoboda, cousin des Patriotes d’Ukraine, tous d’idéologie bandériste, y compris le vice-premier ministre et le ministre de la Défense Igor Tenhyuk, on peut dire que les esprits sont prêts, jusqu’au sommet de la hiérarchie étatique, à valider une opération de terreur aussi sordide que celle du 2 mai à Odessa.

Cet esprit d’intolérance absolue, sans limite de violence envers tout ce qui leur résiste est la règle des décideurs maïdanistes, puisque le président élu le 25 mai 2014, Petro Porochenko, satisfait qu’Odessa soit devenue, selon lui, « très pro-ukrainienne » (la contestation de rue a certes disparu après le massacre et les arrestations arbitraires massives de « séparatistes » innocents), déclarera au sujet des citoyens du Donbass, en plein conflit :

Maintenir les enfants du Donbass « dans les caves », pendant la guerre civile, supposait de bombarder gratuitement les zones civiles exemptes de combattants, en violation des Conventions de Genève.

C’est ce qui s’est passé de manière intense jusqu’aux accords de Minsk II en 2015, les enfants croupissant effectivement dans des caves sans électricité ni chauffage, puis de manière sporadique mais continue, durant les 7 ans de violations du cessez-le-feu et des accords. Les preuves d’exactions militaires sont accablantes et documentées.

Ce que les témoins d’Odessa et leurs proches ont vu, perçu et conclu. Année 2015.

Traduction du document « J’ai vu la mort ».  Les compléments sont entre [ ].

Citoyen Kolomoyskyi, un oligarque milliardaire. C’est lui qui a eu l’idée de détruire le camp des antifascistes dans le champ de Kulikovo. Selon certaines informations, il a financé le transport des ultras de Kharkiv vers Odessa. Actuellement, il est le gouverneur de l’oblast de Dnipropetrovsk en Ukraine.

[ Des odessites ont reconnu la présence d’ “ultras“ de Dnipropetrovsk dans les jours précédant le 2 mai, ce qui appuie cette affirmation. Kolomoyski a créé le parti “Servants du peuple“, du nom de la série télé où jouait Zelensky. Il est le principal financeur de la campagne électorale du président Zelensky].

Citoyen Parubiy, l’ancien commandant de Maidan. La veille du 2 mai, il a apporté à Odessa des gilets pare-balles et les a distribués aux militants du Secteur Droit qui ont activement participé aux meurtres d’antifascistes. Sur ses ordres, la principale force de frappe des voyous – deux cents militants armés des soi-disantes forces d’autodéfense de Maidan – est arrivée dans la ville. Avec sa riche expérience de la provocation sur le Maïdan de Kiev, Parubiy est devenu l’exécuteur du scénario du pogrom d’Odessa. Il n’était pas capable de faire plus, de par son manque d’intelligence. À l’heure actuelle [2015], il est vice-président de la Verkhovna Rada d’Ukraine.

Le citoyen Nemirovskiy, un millionnaire ; deux mois avant le 2 mai, il a été nommé par la junte gouverneur de la région d’Odessa. Il était l’un des exécutants du plan de destruction du camp anti-Maidan dans le champ de Kulikovo. Après le 2 mai, il a fait publiquement un certain nombre de déclarations offensantes. Nemirovskiy était tellement ridicule et impuissant, que les autorités de Kiev l’ont renvoyé. Maintenant, il est simplement millionnaire à Odessa.

Le citoyen Hurwitz, qui a été maire de la ville pendant longtemps, est devenu célèbre pour ses actes sombres, son autopromotion effrénée et ses liens avec des éléments terroristes dans différentes parties du monde. Nombre de ses partisans et de ses employés à long terme ont pris part aux événements du 2 mai, dont il sera question plus loin. Au cours de ces événements, il espérait regagner la mairie, mais il a fait un mauvais calcul. À l’heure actuelle, il est député de la Verkhovna Rada d’Ukraine.

Le citoyen Yusov, anciennement fonctionnaire de l’administration de Hurwitz. Il a appelé la foule furieuse à se déplacer en direction du champ de Kulikovo. Son activité a fait l’objet d’un enregistrement vidéo qui est librement accessible sur Internet. Il a participé activement à la dissimulation du tueur Gontcharevskiy, lui donnant le temps nécessaire pour s’échapper du lieu du crime (arrière-cour de la Maison des syndicats). Ensuite, il a été très actif dans l’extraction des corps des personnes. En fait, il était un coéquipier dans leur assassinat. À l’heure actuelle, pour son activité de dénonciation zélée des « séparatistes« , il a obtenu le poste de conseiller au département d’Odessa du Service de sécurité de l’Ukraine.

Le citoyen Borshchenko, l’un des assistants de Hurwitz. Il a envoyé une bande de militants du Secteur droit et d’autres nazis à l’intérieur de la Maison des syndicats, en leur montrant l’entrée auxiliaire. À l’heure actuelle, il se présente comme le président de l’association régionale des employeurs d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine. Outre les militants susmentionnés, un autre fonctionnaire de l’administration de Hurwitz, le citoyen Devyatov, est identifié. Devyatov a été filmé avec une batte entre les mains.

Le citoyen Bolyanskiy, un assistant de l’ancien gouverneur Nemirovskiy. Il a donné l’ordre à un seigneur de guerre du Secteur Droit d’aller dans le champ de Kulikovo pour détruire le camp des antifascistes.

Il s’est évaporé dans la biomasse. [Attesté par une conversation téléphonique enregistrée].

Le citoyen Volkov, un petit escroc, autrefois recherché par la police. Pendant les événements de Maidan, il est devenu le chef d’une Sotnya (escouade) de Maidan à Odessa. Il est surtout connu pour une vidéo où il se plaint probablement au citoyen Avakov que ses gars « ne sont pas autorisés à ne rien faire« . Il a été filmé en train de se distinguer en tirant sur des personnes tentant d’échapper à un incendie dans la Maison des syndicats, dans les ouvertures des fenêtres et les corniches du bâtiment.

Le Secteur Droit répand des rumeurs sur sa mort par tuberculose. C’est possible.

Citoyen Goncharevskiy. Celui-ci a personnellement achevé les personnes tombées des étages supérieurs qui fuyaient l’incendie et dont beaucoup étaient inconscientes. Il y a plusieurs preuves vidéo et photographiques à ce sujet. À l’heure actuelle, il est exempt de poursuites. Il est allé à l’armée. Pas dans la zone de l’ATO, bien sûr. Il travaille au bureau d’enrôlement militaire Malinovskiy à Odessa.

Citoyen Hodiyak. Pendant les affrontements dans le centre-ville, il a tiré sur les antifascistes avec un fusil. Des balles de son arme ont été retrouvées sur les corps de deux personnes tuées – Losinskiy Eugene et Petrov Guennadiy, ainsi que sur deux personnes blessées, Konstantinov, rédacteur de la publication en ligne « En Dumskaya », et l’un des policiers qui se tenaient dans le cordon. À l’heure actuelle, il est assigné à résidence. Selon de nombreux avocats, il est peu probable que son procès ait lieu.

[ Dernières nouvelles (2021) : « Le seul militant pro-maïdan poursuivi par la justice, Serhiy Hodiyak, accusé d’avoir tué le « militant anti-Maidan » Yevhen Losinsky sur la place Gretska, se déroule difficilement. … la Cour d’audience a changé au moins quatre fois, 13 juges ont démissionné. Il est à noter que l’inculpé, malgré les charges « lourdes », est en liberté sans mesures de précaution ».]

« Ils ont trahi les habitants d’Odessa. »

Le citoyen Goncharenko. Il a froidement observé l’incendie et la tempête dans la Maison des syndicats. Avec le pouvoir de député du peuple et occupant divers postes au conseil régional, il n’a pas levé le petit doigt pour arrêter le vol et le meurtre dans le centre-ville. Puis il a accepté l’autodafé avec en toile de fond les corps prostrés des antifascistes. Il a exprimé une joie débridée devant la défaite du camp antifasciste lors de la retransmission en direct sur la chaîne centrale ukrainienne. Actuellement, il est membre d’un comité – dont personne n’a besoin – et se bat pour le retour de la Crimée à l’Ukraine. [Élu député du parti Solidarité européenne en 2019].

Citoyen Davydchenko Artem – étant l’un des leaders des manifestants anti-Maidan au moment de l’attaque, il a quitté leur camp et a disparu dans une direction inconnue. Selon de nombreux militants, il a reçu une importante somme d’argent, qui était destinée à organiser la défense du champ de Kulikovo. Ces fonds ont disparu avec lui. À l’heure actuelle, il a été vu dans les étendues de la Russie.

La « signature du criminel »

Officiellement, 48 personnes ont été assassinées, deux cents gravement blessées, mais les familles d’Odessa ont déclaré des dizaines de disparus.

Extrait de “I saw Death“ : « Tous, à l’exception de deux personnes, qui ont été tuées au début dans des circonstances non élucidées jusqu’à présent, représentaient les anti-maïdans. Les membres de l’escouade d’Odessa, qui n’étaient pas armés et ne disposaient pas d’équipement professionnel, ont affronté les hommes armés du Maïdan et les provocateurs qui ont démarré la fusillade. La tuerie de la Maison des syndicats est le résultat d’un incendie volontaire du bâtiment par les partisans de Maidan. Pendant l’incendie, un certain nombre de défenseurs du champ Kulikovo ont été tués par des moyens improvisés, étranglés à mains nues et achevés à coups de bâton. »

Les photos prises à l’intérieur du bâtiment démontrent que beaucoup sont morts sauvagement exécutés. Ils ne sont brûlés que partiellement, comme s’ils avaient été aspergés de produits inflammables aux extrémités, avec vêtements presque intacts. Ces images ne sont pas reproduites ici, elles sont accessibles avec analyse complète à ce lien : https://archive.ph/2MdVl#selection-5122.0-5122.3

Blessée après sa chute d’une fenêtre, une personne est achevée à coups de bâtons :

Alors que les cendres sont encore chaudes, le drapeau ukrainien est hissé sur le pavillon en signe de victoire.

Acclamations sonores face au drapeau

On peut se demander si tous réalisent bien ce qui s’est passé. Mais ceux qui ont hissé le drapeau le savent bien.

De nombreux odessites et ukrainiens dénoncent un POGROM.

Avant même que la police n’investisse le bâtiment, des miliciens présumés de Praviy Sektor profanent les corps, fouillent leurs poches et papiers d’identité, souillent la scène de crime. Avec détachement et cynisme.

Face aux corps d’une jeune femme et d’un jeune homme gisant l’un contre l’autre, les croque-morts improvisés se targuent d’un « Et ici vous pouvez voir Roméo et Juliette » :

2 mai 2015. Peinture exposée face à la Maison des syndicats.

 « En criminalistique, il existe le concept de « la signature du criminel« . Si pour l’enquêteur il n’y a pas assez de preuves directes pour identifier le criminel, il a le droit de considérer les crimes similaires et d’analyser la façon dont ils ont été commis. Si la « méthodologie« , la « signature » d’un criminel coïncide avec le crime considéré, alors l’enquêteur a toutes les raisons de soupçonner ses « auteurs » de commettre un nouveau crime.

Que donne l’analyse du massacre sanglant de la Maison des Syndicats ? Tout d’abord, ont été largement utilisées les provocations comme un moyen d’incitation des instincts bestiaux de la foule. Cela a commencé dans le centre-ville et s’est poursuivi sur le pôle Kulikovo, lorsque des inconnus ont tiré depuis le toit de la Maison des syndicats. Il est très important que ces tueurs à gages n’aient pas été retrouvés ni accusés.

Deuxièmement, à l’intérieur du bâtiment, on a manifestement utilisé la technique du « piège à feu« , lorsque les gens étaient coincés entre les deux foyers d’incendie – aux étages inférieurs et supérieurs.

Troisièmement, aucune force politique, dont les membres, avec toutes les preuves, étaient impliqués dans la folie sous les fenêtres de la Maison des syndicats et ont pris part à l’attaque du bâtiment, n’a revendiqué la responsabilité de la commission de ce massacre terroriste sanglant. Toute la presse pro-ukrainienne d’une seule voix répète péremptoirement et sans preuve comme par ordre :

« Ils ont mis le feu eux-mêmes ! » Mais pourquoi « comme » ? Exactement – par ordre ! 

A qui cela vous fait-il penser ?

Attendez, c’est ainsi qu’agirent les unités punitives SS de sinistre mémoire telles que la division « Galicia », ainsi que des militants de l’UIA (OUN-UPA) !

… »

Le mode opératoire de l’OUN-UPA, milice de l’organisation nationaliste sise en Galicie et Wolhynie, intensément à partir de 1943, consistait généralement à sélectionner les juifs et polonais d’un village entier, fusiller les hommes, mettre le feu à chaque maison, puis à exécuter les femmes et les enfants qui tentaient d’échapper aux flammes.

Quand les SS ou la Gestapo fusillaient des otages en guise de représailles contre les actions des résistants nommés « terroristes », c’était à titre d’exemple dissuasif, il fallait que ça se sache.

Le double langage officiel en réponse au massacre d’Odessa parait de la même veine. Le procureur général Oleg Makhnistsky, membre de Svoboda, fait immédiatement comprendre que l’ « action bien planifiée » émane de « certaines autorités ». Le représentant du ministère de l’Intérieur, Ruslan Sushkov, désigne les coupables comme étant des « repris de justice« , quand tous les ukrainiens savent que Praviy Sektor recrute abondamment parmi des malfrats (quoi de plus logique pour les actions armées expéditives). Quant à Praviy Sektor, la com’ s’empresse de diffuser la version officielle :  » Actes terroristes planifiés selon le ministère... », tout à fait compatible avec un terrorisme d’État exécuté par les miliciens de Praviy Sektor, très probablement.

Le bon petit soldat de la SS était fier d’exécuter les pires crimes pour le Führer, et de répandre la terreur pour le bien du Reich.

Hommage aux victimes.

Le 2 mai 2015, les familles ont établi les causes de la mort selon les observations des corps et les témoignages. Aucune n’a osé demander une autopsie dans la situation de terreur prolongée.

огнестрепьое рaнение : Blessure par balle.

отрaвпение (газом) : Intoxiqué (par gaz). [ Soupçons sur l’emploi de substances toxiques ].

погибпa В огне : Mort(e) dans l’incendie.

Выпaп из окна, Сконуaпся : Tombé(e) d’une fenêtre puis achevé(e) à terre.

Noms et professions des victimes (liste partielle).

Commémoration du 2 mai 2015. Photos couleur de Monika Karbowska.

Préalable à un processus de réconciliation

Dans le document des proches et rescapés « J’ai vu la mort », étaient exposées les très raisonnables conditions d’un processus de réconciliation :

« Ce que nous demandons, c’est une enquête internationale sur cette tragédie, à condition que les enquêteurs et les experts soient nommés publiquement et que des observateurs internationaux, dont certains politiciens européens faisant autorité, participent à l’enquête, et à condition que le public puisse obtenir des informations aussi complètes que possible sur l’enquête.

Aucun changement dans les sphères économiques ou sociales de l’État n’est possible si la nation n’est pas unie.

Mais l’unité ne peut pas être atteinte tant que les crimes à Marioupol, Odessa, dans les régions du Donbass et de Luhansk ne sont pas investigués et que les criminels ne sont pas poursuivis ! ».

En dépit des efforts intenses entrepris par des citoyens de divers pays (Pologne, France, Espagne, Grèce…) pour faire entendre la voix des ukrainiens persécutés, aucune enquête internationale n’a eu lieu. Quelles qu’en soient les raisons, le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies n’a pas fait son travail de garant des Droits de l’homme et de maintien de la paix.

Des citoyennes engagées à gauche de longue date comme Monika Karbowska ou Danielle Bleitrach, intellectuelle communiste, n’ont pas réussi à mobiliser des forces politiques conséquentes. Étant donné les liens historiques avec leurs homologues de l’Est, l’inaction des instances du Parti Communiste Français (PCF) est particulièrement indigne et honteuse. Mises à part quelques molles déclarations, le PG, le NPA et d’autres organisations n’ont pas bougé non plus, et ce n’est pas faute d’avoir été informées.

Sur ce sujet essentiel, le travail précieux du journal en ligne les-crises.fr n’a pas contrebalancé le rôle odieux de la presse nationale.

En 2015, des responsables politiques ukrainiens, accompagnés de quelques députés européens (grecs, tchèque, allemandes) du groupe European United Left, ont essayé de ré-initier un « processus de réconciliation » en rappelant au Parlement Européen les sources démocratiques et économiques du conflit en Ukraine. Sans succès.

La guerre civile était inscrite dans les choix politiques brutaux et radicaux de la coalition euromaïdan, strictement intolérables pour toute une partie du peuple ukrainien, sur des questions existentielles et citoyennes fondamentales.

Le 9 mai à Marioupol, c’est une marche de protestation pacifique qui est subitement réprimée à la mitrailleuse, faisant des dizaines de morts.

Le philosophe Marc Sagnol, germaniste et philosophe, ancien directeur des Instituts français de Kiev et de Dresde, était à Kiev pendant et après l’insurrection de 2014 (son témoignage fondamental est reproduit ici) :

 « Avant la crise il n’y avait pas de sentiment antirusse en Ukraine. Depuis plus de 20 ans que je fréquente ce pays, je n’ai jamais été témoin de sentiment antirusse, sauf dans quelques cas, en Ukraine occidentale, mais on me les présentait comme étant « folkloriques ». Partout, même en Galicie, le russe est parlé, compris, et les gens répondent soit en russe soit en ukrainien quand on s’adresse à eux dans cette langue. À l’inverse, en Ukraine orientale, les gens comprennent l’ukrainien et répondent en général en russe, parfois en ukrainien. On voit très bien cela à la télévision : les journalistes posent toujours leurs questions en ukrainien et leurs interlocuteurs répondent soit en ukrainien, soit en russe, selon leur langue maternelle.

On parle beaucoup aujourd’hui de l’opposition entre l’Ukraine occidentale, « ukrainophone et pro-européenne », et l’Ukraine orientale, « russophone et pro-russe ». Ces populations, qui n’ont une histoire commune que depuis le milieu du XXe siècle, sont effectivement très différentes, mais, pendant plus de 20 ans, il y a eu un statu quo qui faisait qu’elles s’entendaient bien. Les gouvernements successifs tentaient de maintenir un équilibre entre l’est et l’ouest, sans flatter le nationalisme des uns et des autres… »

Les déclencheurs du conflit sont exogènes : pressions de l’UE pour l’adhésion d’une Ukraine tournant le dos à la Russie, ingérences constantes et répétées des États-Unis, appuyées sur des extrémistes comme Praviy Sektor et Svoboda, parti qui obtint 10,5% des voix en 2012, ce dont s’inquiéta le parlement européen, intimant aux autres partis de se prémunir des opinions « racistes, antisémites et xénophobes ».

L’actuel président du Conseil constitutionnel, fossoyeur de la Constitution en 2021, acteur des négociations durant l’insurrection maïdan en 2014, le sinistre Laurent Fabius, déclarait sur France-Inter : « Quand on accuse ce gouvernement d’être d’extrême droite, c’est faux…. Il y a trois membres du parti Svoboda [en fait, quatre avec le vice premier ministre] qui est un parti plus à droite que les autres, mais l’extrême droite n’est pas au sein du gouvernement ».

Les États-Unis et les vassaux de l’UE sont les incendiaires. Ils ont eu 8 ans pour envoyer les pompiers.

Si les pyromanes éteignaient leurs propres feux, ça se saurait.

Rencontre au fond du gouffre avec le sénateur américain John McCain

L’après 2 mai à Odessa

Marc Sagnol :

« Nous suivons le soir à la télévision les informations en continu. Le Parlement semble tétanisé. Plus aucune opposition, quelle que soit la loi proposée. Les lois sont lues en quatrième vitesse, ne sont pas discutées et son votées à l’unanimité des votants. Seuls 30 à 80 députés, selon les cas, osent s’abstenir ou ne pas prendre part au vote. Il faut savoir que les gros bras de Praviy Sektor montent la garde devant le parlement, ce qui n’incite pas les députés à voter contre. Un nombre impressionnant de lois passent ainsi sans aucune discussion, y compris la plus controversée, l’abolition de la loi sur les langues régionales (qui conférait au russe un statut de langue régionale) ; c’est elle qui va mettre le feu aux poudres en Crimée et à l’est du pays. Je vois à la télévision la tête du nationaliste Tiagnibok annonçant son projet de loi sur la glorification des héros de l’Ukraine (il pense non seulement aux statues de Lenine, aux noms de rue, mais aussi aux nombreux monuments aux morts des combattants de l’armée Rouge tombés pour la libération de l’Ukraine de l’occupation allemande), et pour la construction d’un mausolée aux héros du « centurion céleste ». La loi est votée à l’unanimité (moins soixante abstentions) : même les députés du Parti des régions, désormais dans l’opposition, n’ont pas osé voter contre. D’autres lois sont votées, à une vitesse record, à peine lues. »

Député communiste jeté dans une poubelle avant le vote « unanime » pour l’adhésion à l’UE :

Monika Karbowska, militante franco-polonaise de gauche, s’est rendue à Odessa en 2014 pour enquêter sur le massacre, puis est revenue le 2 mai 2015 (les photos couleur de commémoration sont d’elles). Elle a pu constater la suppression express des noms des anciens combattants sur plusieurs monuments aux morts d’Odessa.

Mars 2015 : Un professeur de la faculté d’Histoire de l’université d’Odessa, Yuri C., intellectuel marxiste, se fait insulter par un élève en cours d’amphi. Il est traité de « doriphore », insecte aux couleurs du ruban de St Georges, attaque raciste antirusse typique des gars de Praviy Sektor. Il ne peut s’empêcher de gifler l’étudiant, et quitte Odessa illico sans passer par chez lui, se sachant en danger. Il vit désormais en Crimée.

Monika Karbowska le connait. Elle peut témoigner de la situation de non-droit et de terreur, du flicage milicien de la pensée unique euromaïdan. Le 5 janvier 2018, elle a été refoulée à la douane ukrainienne, par ordre du Ministère de l’Intérieur ; son activisme auprès de l’ONU n’était pas passé inaperçu.

2 mai 2018. Un ancien de Kolikovo, figure de la « résistance aux bandéristes », répond à un journaliste allemand qui lui demande s’il ne craint pas de s’afficher.

Réponse minimaliste : « J’ai de tout façon déjà beaucoup de problème avec la SBU ». La SBU est la police secrète de l’Intérieur. [ Long reportage avec archives du 2 mai, sous-titré en allemand ].

Une manifestation de quelques dizaines de femmes du « Comité des mères du 2 mai » part du centre-ville vers le champ Kolikovo pour célébrer la mémoire de leurs enfants. Elles ne portent aucun signe visible assimilable à la Russie, c’est proscrit. Un groupe de nationalistes s’interpose, expliquant qu’ils sont venus « pour empêcher ce rassemblement pro-russe ».

En fait, ils ne sont pas là que pour célébrer la liberté d’expression unilatérale (en ukrainien, Svoboda signifie “Liberté“). Les bandéristes font une démonstration de force tous les ans, le 2 mai, jour de « victoire ».

Les apprentis fascistes défilent avec justes aux corps à trident, banderoles et drapeaux flambants neufs aux couleurs noir-rouge de l’OUN bandériste (dans les années 30/40, son moteur était la haine anti-polonaise et antisémite).

Le chauffeur de foules entonne « Les séparatistes, trois fois : Morts ! Morts ! Morts !… ». C’est jour d’anniversaire, dans les rangs de l’euromaïdan “nationaliste“.

Radieux, le chef du parti Svoboda Oleg Tiagnibok ne pouvait rater la revue des troupes, aux cris de…

« Une race, une nation, une patrie ! »

(Toute allusion au “Ein Volk, Ein Reich, Ein Führer“ est relativement fortuite)

Parachuté ministre de l’Éducation en 2014, Sergueï Kvit, issu de la faction bandériste Trident, prit pour première mesure « de confier vingt-trois colonies de vacances à Praviy Sektor », rappelle Marc Sagnol. Le bataillon néo-nazi Azov, lui, s’occupe des enfants de 6 ans aux abords de Kiev, où ils apprennent à manipuler les armes. Il n’y a pas d’âge pour ça, au paradis de l’euromaïdan.

2 mai 2018 à Odessa

Le parti Svoboda a sa « légion » (ДЕГІОН), unité paramilitaire affiliée au parti.

Ce 2 mai, une conférence mêlant Svoboda, Praviy Sektor et d’autres factions est annoncée sur affiche.

Alors que les miliciens aguerris de Praviy Sektor ont eu le choix entre s’intégrer à l’armée ukrainienne (via les bataillons de « volontaires »), se lancer en politique ou, pour les chefs, accéder à des postes d’encadrement ministériels ou militaires, une dynamique d’endoctrinement de jeunes ukrainiens désœuvrés se poursuit, en résonance avec l’époque faste des Jeunesses hitlériennes, centrée sur l’apprentissage du racisme haineux antirusse, donc de la détestation d’un pan entier de la société ukrainienne, avec de confortables financements venant d’oligarques ou de l’État, sous le regard bienveillant du ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, indéboulonnable pilier des gouvernements maïdan successifs.

Tout cela n’aurait pas été possible sans le soutien immoral, politique, logistique et financier des États-Unis et de l’OTAN, sans l’assentiment des dirigeants et principaux partis politiques européens, sans la caution de la presse occidentale et française muées en vulgaires organes de propagande, qui ont activement et assidûment réduit à l’état de faits divers des crimes abjects aux relents historiques les plus nauséabonds.

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(Anciennement hébergé sur l’infrastructure de Mediapart, avant censures et privations de droits d’édition à répétition par l’organe “équipe de modération“ du journal d’Edwy Plenel).

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